LA POLEMIQUE SUR LES RELATIONS AMBIGÜES ENTRE UNE PARTIE DE LA COMMUNAUTE JUIVE DE FRANCE ET LE FRONT NATIONAL NE CESSE DE S’AMPLIFIER

15 Avr

Source : la newsletter du CRIF diffusée le 15 avril 2011

Richard Prasquier : Marine Le Pen préside un parti qui n’a pas abandonné son antisémitisme

Une radio israélienne 90 FM qui diffuse des émissions en français a interrogé Marine Le Pen puis Nissim Zvili. Richard Prasquier, le président du CRIF a réagi à ces deux interviews. On lira ci-dessous son intervention.

Richard Prasquier , vous avez souhaité réagir aux propos qu’a tenus Nissim Zvili , ancien ambassadeur d’Israël en France, après l’interview de Marine Le Pen sur l’antenne de la station israélienne 90 FM. Par ailleurs, vous avez reproché à notre radio d’avoir invité la présidente du FN en déclarant que nous avions décerné un certificat de bonne républicaine à la présidente du FN.

Je me suis élevé contre son invitation dans une radio de la communauté juive de France parce que j’ai estimé que ce n’était pas à un media de la communauté juive de donner si facilement cet équivalent d’un certificat de cacherout qu’elle était venue chercher, c’est-à-dire de montrer qu’elle était tout à fait fréquentable. Il y avait quelque chose de profondément choquant dans cette démarche.

En ce qui concerne l’interview de Nissim Zvili qui est un homme pour lequel je n’ai eu que respect et amitié quand il était ambassadeur d’Israël en France, je dois dire que j’ai été effondré et choqué. Il vit en Israël, ne connait pas la communauté française et il se permet d’émettre des considérations et des critiques sans même me téléphoner.

Je vais vous dire ce que je pense du Front national et de Marine Le Pen. Le président d’honneur du FN s’appelle Jean-Marie Le Pen. C’est lui qui tient les cordons de la bourse et c’est lui que Marine Le Pen vient voir après les élections. C’est ensemble qu’ils discutent de ses déclarations. Il est extrêmement présent.

Jusqu’à maintenant, Marine Le Pen n’a jamais déclaré qu’elle était en opposition avec les sorties de son père. Je vous rappelle que Le Pen, c’est trente ans d’insultes vis-à-vis de la communauté juive : « Durafour crématoire » ; le « point de détail »…

Marine Le Pen a gardé autour d’elle la même équipe que celle de son père, avec des antisémites parfaitement estampillés et extrêmement significatifs.

Pensez-vous que Marine Le Pen soit antisémite ?
Ca m’est égal. Il y a des gens qui sont antisémites et qui ne le sont pas quand ça les arrange. Elle est dans un parti qui n’a pas abandonné son antisémitisme et son mépris pour la Shoah. Quand on prétend qu’elle a dit que la Shoah était la pire des barbaries, c’est faux. Elle a dit que les camps étaient la pire des barbaries. C’est complètement différent. Il faut qu’elle en fasse plus pour que nous soyons convaincus. Elle a envie de montrer qu’elle est respectable.

Comprenez-vous que des juifs puissent voter Front national ?
Je ne les comprends pas. Il y avait cette fameuse phrase de Churchill sur la guerre et le déshonneur. Parfois je me dis : ils n’ont pas compris. Pensent-ils qu’avec le FN au pouvoir, les juifs vont pouvoir mener une vie heureuse en toute quiétude dans notre pays ?

Qu’est-ce qui les motive, selon vous ?
Il y a une phrase extrêmement simpliste sur laquelle il ne faut pas baser sa vie : les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Lorsqu’on adhère à une phrase comme celle-là, on s’apprête à accepter toutes les dérives. Pour ceux qui connaissent l’histoire, ils savent à quels périls je pense, avant et après la guerre.

Le lendemain de l’annulation de l’émission de Radio J, Marine Le Pen a fait appel à un cercle national juif. Avez-vous connaissance de ce cercle? Est-ce que ça vous inquiète ?
Il y en a déjà eu un autour de son père. Je ne peux que hausser les épaules. Cela me fait penser à cette phrase que disent tous les antisémites : J’ai des amis juifs.

Il y a un certain nombre de valeurs qui sont les valeurs vraies du judaïsme, qu’on ne peut pas piétiner pour de simples considérations élémentaires et absurdes de politique politicienne dont nous serons les premières victimes.

Avez-vous pu écouter l’interview de Marine Le Pen ?
Non. Mais j’ai écouté celui de l’ancien ambassadeur d’Israël. Ce qui rend l’entretien de Nissim Zvili accablant, c’est quand il dit : pourquoi le CRIF veut-il empêcher Marine Le Pen de s’exprimer ?

Croyez-vous que la présidente du FN ne s’exprime pas ? Elle a toute les émissions de radio et de télévision de France à sa disposition quand elle le veut. C’est normal. Nous sommes dans un pays de liberté et de démocratie. Le FN peut s’exprimer dans les médias. Le CRIF ne l’empêche pas de prendre la parole. Simplement, ce n’est pas à la communauté juive de lui servir de marchepied.

En tout cas, elle s’est exprimée sur la politique moyen-orientale, sur Jérusalem, sur l’Iran. Beaucoup de nos auditeurs ont été déçus par ses propos sur l’internationalisation de Jérusalem.

S’ils ont été déçus, c’est qu’ils ne connaissent pas l’histoire. En 2009, son père a dit que Gaza est un grand camp de concentration. Marine Le Pen n’a pas dit qu’elle était choquée par cette analogie. Elle ne s’est pas fâchée avec son père à ce propos.

Lorsque son père est devenu le parrain d’un enfant de Dieudonné, elle n’a pas dit : loin de moi ce personnage ignoble ! Et quand son père a dit qu’Ahmadinejad est quelqu’un de très respectable, qu’il ne comprend pas qu’on l’empêche d’avoir un armement nucléaire alors qu’Israël le possède, jamais Marine Le Pen n’a dit : je ne suis pas d’accord avec mon père.

Elle l’a confirmé dans cette émission…

On le savait mais Nissim Zvili ne le savait pas. J’aurais préféré qu’il ne s’exprime pas, qu’ il essaie de mieux comprendre la situation.

Marine Le Pen est sur la même ligne que son père. Je vous rappelle que son père a été un soutien de Saddam Hussein, de Muamar Kadhafi et de Mahmoud Ahmadinejad, sans parler de tous ses jeux de mots antisémites et de sa phrase sur l’occupation allemande qui n’était pas, selon lui, si inhumaine que cela.

Elle a dit qu’on ne peut pas renier son père.
Je ne lui demande pas de renier son père, mais quand on le nomme président d’honneur, quand on va le voir pour prendre des décisions politiques ? C’est un peu plus que de ne pas le renier.

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